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peaux de chevaux ; de l’autre côté, coulait un ruisseau aux bords plantés d’arbres, dissimulant un petit monticule pierreux qui se rattachait à la haute chaîne du Caucase. Nous nous étions assis à l’angle d’un bastion, afin d’embrasser tout le tableau d’un seul coup d’œil ; lorsque soudain j’aperçus, qui sortait de la forêt, un individu monté sur un cheval gris, se rapprochait, et enfin s’arrêtait près du ruisseau à cent toises de nous. Et alors il se mit à faire tourner, son cheval comme un fou, mais avec une incroyable rapidité.

— Regarde donc, Béla ! lui dis-je ; tu as des yeux jeunes. Quel est celui qui fait ainsi tourner son cheval et par qui cherche-t-il à se faire remarquer ? »

Elle se retourna et poussa un cri en disant : « c’est Kazbitch ! »

— Ah ! le brigand ! Comment a-t-il osé venir si près de nous ? »

J’observe ; c’était, en effet, Kazbitch avec son visage basané ; en haillons et repoussant comme toujours.

« C’est le cheval de mon père ! » dit Béla, en me saisissant par le bras.