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tel j’étais alors, et je fus content de trouver quelqu’un à gâter. Elle nous chantait souvent les airs de son pays et nous dansait divers pas. Mais comme elle dansait ! J’ai vu les jeunes personnes du gouvernement, j’ai même été à Moscou, aux assemblées de la noblesse il y a de cela vingt ans, mais où était Béla ? Ce n’était plus ça ! Grégoire la parait comme une poupée, l’arrangeait, l’habillait avec soin et elle devenait si jolie, que c’était admirable. Le hâle de son visage et de ses mains s’était effacé et les belles couleurs avaient reparu à ses joues ; puis une fois dans cet état, resplendissante de gaieté et folle de joie, elle employait toute son espièglerie à me railler. Que Dieu le lui pardonne !

— Mais qu’arriva-t-il quand vous lui apprîtes la mort de son père ?

— Nous la lui cachâmes longtemps, tant qu’elle ne fut pas faite à sa nouvelle situation, et lorsque nous le lui dîmes, elle pleura deux jours et puis l’oublia.

Pendant quatre mois, tout alla on ne peut mieux. Petchorin, comme je vous l’ai dit, aimait passionnément la chasse. Il avait souvent envie d’aller dans la forêt, courir les chevreuils et les