Page:Lermontov - Un héros de notre temps, Stock, 1904.djvu/69

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


un pas, malgré l’invitation éloquente des coups de fouets.

« Votre seigneurie, dit enfin l’un des postillons, peut être certaine que nous ne pourrons arriver à Kobi maintenant. Mais voulez-vous tourner à gauche, tandis que c’est encore possible ? Là bas, au loin, sur le coteau, ne voyez-vous pas quelque chose de noir ? C’est sûrement une cabane où les voyageurs s’arrêtent toujours un moment. Ces hommes disent qu’ils vous y conduiront, si vous voulez leur donner un pourboire, ajouta-t-il, en montrant les Circassiens.

— Je le sais, mon cher ! je le sais et n’ai pas besoin que tu me le dises, répondit le capitaine ; je connais ces brutes-là ! Ils sont heureux de me voir dans l’embarras, pour me soutirer un pourboire.

— Avouez, que sans eux nous aurions pu nous trouver bien en peine !

— C’est bon ! c’est bon ! marmotta-t-il entre ses dents ; j’en ai assez de ces gens-là, ils cherchent toujours à tirer profit de nous ; comme s’il était impossible de trouver le chemin sans eux ! »

Nous tournâmes enfin à gauche, et, après beaucoup de difficultés, nous pûmes atteindre un pauvre asile, composé de deux cabanes bâties en