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mêmes avions beaucoup de peine à marcher. Les chevaux tombaient à chaque instant ; à gauche bâillait une crevasse énorme au fond de laquelle coulait un ruisseau, tantôt caché sous une croûte de glace, tantôt bondissant et écumant sur les rochers sombres ; à peine si nous pûmes, en deux heures, tourner le Christovoï. Deux verstes en deux heures ! De plus, les nuages s’abaissèrent ; nous eûmes de la grêle et de la neige. Le vent s’enfonçait dans les défilés, hurlait et sifflait comme un oiseau de proie et bientôt la crête rocheuse se cacha au milieu des vapeurs, dont les ondes, devenant sans cesse plus épaisses et plus obscures, s’amoncelaient vers l’Orient.

Il existe une étrange et vieille tradition sur cette cime : On rapporte, que l’empereur Pierre Ier, voyageant à travers le Caucase, s’y arrêta : mais, premièrement, Pierre n’alla qu’à Daguestania ; secondement, sur la croix, une inscription en grosses lettres atteste qu’elle a été érigée par ordre de M. Ermolow, en 1824. Et cependant, malgré l’inscription, la tradition est tellement enracinée, que vraiment on ne sait qui croire, d’autant plus que nous ne