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zon ; elles s’éteignirent l’une après l’autre, à mesure qu’une lueur, qui commençait à poindre au milieu de la voûte céleste teinte de pourpre, illumina peu à peu les fentes abruptes des montagnes couvertes de neiges virginales. À droite et à gauche on voyait les précipices se cacher et devenir plus sombres ; les brouillards tourbillonnaient, se tordaient comme des serpents, puis rampaient entre les anfractuosités des roches voisines, comme s’ils eussent compris et senti la venue du jour.

Tout était calme aux cieux et sur la terre, comme dans le cœur de l’homme au moment de la prière du matin. Seulement, de temps à autre, une brise froide, venant de l’Orient, soulevait la crinière de nos chevaux, couverte de givre. Nous nous mîmes en route ; cinq mauvaises haridelles traînaient avec difficulté nos voitures dans les chemins difficiles du mont Gutt. Nous allions à pied, derrière elles et placions des pierres sous les roues, lorsque les forces des chevaux étaient épuisées. On aurait dit que ce chemin allait aux cieux, car quelques yeux que l’on pût employer à le regarder, il montait toujours et disparaissait dans le nuage qui, le soir encore, couvrait le