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Le capitaine me répondit, après un instant de réflexion :

— Selon leurs mœurs, il était dans son droit. »

Je fus frappé de la facilité avec laquelle cet homme russe s’était accoutumé aux mœurs sauvages de ces peuples, au milieu desquels je venais vivre. Je ne sais si cette souplesse de caractère est digne de blâme ou d’éloge, mais dans tous les cas, elle prouvait chez lui une finesse qui ne paraissait pas et la présence de cet esprit éclairé et sain qui pardonne le mal partout où il le voit absolument nécessaire et impossible à détruire.

Cependant le thé était bu et nos attelages grelottaient de froid depuis longtemps sous la neige.

La lune pâlissait au couchant et semblait près de se replonger au milieu des nuages noirs suspendus sur les sommets éloignés, comme des pans de rideaux déchirés. Nous sortîmes de la cabane. En dépit de la prédiction de mon compagnon de voyage, le temps s’éclaircit et nous eûmes une matinée tranquille. Des groupes d’étoiles, admirables à voir, s’entrelaçaient à l’hori-