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père ne présumât pas qu’elle était chez vous, dans la forteresse ?

— Il paraît qu’il le soupçonna ; mais, quelques jours après, nous apprîmes que le vieillard avait été assassiné. Voici ce qui s’était passé :

Mon attention s’éveilla de nouveau.

— Il faut vous dire que Kazbitch crut qu’Azamat avait volé son cheval avec le consentement de son père ; au moins je le suppose ; et un jour où le vieillard revenait des recherches qu’il faisait vainement pour retrouver sa fille, Kazbitch l’attendit sur le chemin, à trois verstes du village ; le vieillard allait au pas tout soucieux ; lorsque soudain, agile comme un chat, Kazbitch s’élança d’un buisson, sauta sur la croupe du cheval, jeta le vieillard à terre d’un coup de poignard et s’empara des rênes. Voilà ce qui se passa : Quelques personnes virent cela du haut d’une colline et s’élancèrent pour le rattraper, mais elles n’y parvinrent pas.

— Il s’était ainsi indemnisé de la perte de son cheval et vengé tout à la fois, m’écriai-je, afin de savoir l’opinion de mon interlocuteur sur tout cela.