Page:Lermontov - Un héros de notre temps, Stock, 1904.djvu/57

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


était effectivement capable d’accomplir ce qu’il avait dit en plaisantant. Ce qu’était un pareil homme ? Dieu le sait ! À peine eut-il touché la porte qu’elle bondit, fondit en sanglots et se précipita à son cou. Le croirez-vous ? moi qui étais derrière la porte, je pleurai sans savoir ce qui me faisait pleurer. Je pleurai comme un imbécile.

Le capitaine se tut.

— J’avoue, dit-il un moment après, en tirant sa moustache, que si j’éprouvai un chagrin si profond, c’était de n’avoir jamais été pareillement aimé par une femme.

— Et leur bonheur dura-t-il ? demandai-je.

— Oui ! Elle nous avoua que depuis le jour où elle avait aperçu Petchorin, elle avait souvent rêvé de lui dans ses songes et que jamais un homme n’avait produit sur elle une pareille impression… Et ils furent heureux !…

— Comme c’est ennuyeux ! m’écriai-je involontairement. » — En effet, j’espérais un dénoûment tragique, et voilà qu’au moment où je m’y attendais le moins, mon espérance venait d’être déçue. — « Mais est-il possible, que son