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maigrissait, devenait blême comme il arrive aux amoureux de roman, c’était surprenant ! or vous verrez tout ce que j’appris plus tard. Petchorin l’excita au point qu’il était près de se jeter à l’eau. Une fois il lui dit : Je vois Azamat, que ce cheval te plaît énormément et que tu ne pourras jamais l’avoir. Eh bien ! que me donnerais-tu, si je te le livrais ?

— Tout ce que tu voudras ; répondit Azamat.

— Dans ce cas, je te le donnerai ; mais à une condition : jure que tu accompliras ce que je te demanderai.

— Je le jure ! je le jure ! et toi ?

— Eh bien moi je te jure que tu posséderas ce cheval, mais il faudra me donner pour cela ta sœur Béla et le Karaguetz sera à toi. Je pense que le marché est avantageux pour toi ?

Azamat se taisait.

— Tu ne veux pas ? mais que désires-tu alors ? je te croyais un homme, tu n’es qu’un enfant ! et tu n’es pas encore capable de monter à cheval !

Azamat s’enflamma :

— Mais mon père ? dit-il.

— Est-ce qu’il ne s’absente jamais ?

— C’est vrai !