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des moulinets avec son sabre. Mauvaise affaire que d’avoir la tête échauffée, après un dîner chez ces étrangers ! dis-je à Petchorin en le prenant par le bras ; ce qu’il y a de mieux pour nous c’est de décamper au plus vite.

— Prenez patience, jusqu’à ce que ce soit fini ! me dit-il :

— Mais c’est que cela finira mal ! chez les Orientaux c’est toujours ainsi : ils s’enivrent de bouza ; puis vient la bataille !

Nous montâmes à cheval et regagnâmes notre logis.

— Que fit Kazbitch ? demandai-je avec impatience au capitaine :

— Ce que font d’ordinaire ces gens-là ; me répondit-il en avalant une tasse de thé : sans doute il s’échappa.

— Et sans blessure ?

— Ah ! Dieu le sait ! Ces coquins-là ont la vie dure ! je les ai vus quelquefois dans une affaire tout troués de coups de baïonnette comme des cribles et ils agitaient encore leur sabre.

Le capitaine, après quelques moments de silence, étendit ses jambes à terre et continua :

— Jamais je ne me pardonnerai une chose :