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On aurait dit qu’il pleurait et il faut vous dire qu’Azamat était un garçon très dur et qu’on ne pouvait faire pleurer, même lorsqu’il était plus jeune.

En réponse à ces larmes on n’entendit qu’une raillerie.

— Écoute ! dit Azamat d’une voix ferme : Tu vois que je suis décidé à tout. Veux-tu que je ravisse pour toi ma sœur Béla ? Comme elle danse ! Comme elle chante et brode de l’or ! C’est merveilleux et le grand Padischa n’a pas une pareille femme ! Veux-tu ? Attends-moi demain pendant la nuit dans le défilé où court le ruisseau ! j’irai avec elle près du village voisin et elle sera à toi. Penses-tu que Béla ne vaille pas ton cheval ?

Longtemps, longtemps Kazbitch se tut. Enfin au lieu de répondre, il entonna à demi-voix une vieille chanson :

 
Nous avons dans nos villages
Beaucoup de jeunes beautés ;
Leurs yeux brillent dans l’ombre.
Comme les étoiles du ciel,
Quel heureux destin
De les aimer tendrement…
Mais j’aime mieux
La liberté de la jeunesse !