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Au loin les Cosaques défilaient l’un après l’autre à travers le steppe sur leurs chevaux fatigués. Mais par Allah ! ceci est la vérité, la simple vérité ; jusqu’à la nuit avancée je restai caché dans le précipice ; tout à coup, tu ne le croirais pas Azamat, dans les ténèbres j’entends courir un cheval au bord du ravin, il hennit et frappe la terre de ses fers et je reconnais le hennissement de mon cheval ; car c’était lui, mon compagnon ; depuis lors, nous ne nous sommes plus séparés. Et on entendait comme il frappait avec sa main sur la fine encolure de l’animal, en l’appelant des noms les plus caressants.

— Si j’avais un haras de mille juments, dit Azamat, je te le donnerais en échange de ton Karaguetz[1].

— Et je n’accepterais point, répondit avec indifférence Kazbitch.

— Écoute Kazbitch ! dit Azamat en se rapprochant de lui avec un air câlin ; tu es un homme ! Tu es un brave guerrier ! tandis que mon père a peur des Russes et ne me laisse pas aller dans

  1. Nom que l’on donne aux chevaux d’une partie du Caucase.