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rappelle le nom de Gudal et celui de sa fille bien-aimée. Mais l’église, où leurs ossements sont ensevelis, protégée par une puissance sacrée se voit encore sur les rochers escarpés, à travers les nuages. Près de la porte s’élèvent comme des gardiens, des blocs de granit noir, couverts de neige ; et sur leur poitrine, au lieu de cuirasse, miroitent des glaces qui ne fondent jamais. Des masses écroulées dorment sur les saillies du rocher et pendent tout autour, menaçantes comme des chutes d’eau saisies subitement par le froid. Là, le chasse-neige fait sa ronde et balaye la poudre des murailles grises ; puis, faisant entendre ses longs sifflements, semble appeler les sentinelles. Les nuages seuls, apprenant qu’un temple nouveau et magnifique a été bâti dans cette contrée de l’Orient, s’y rendent en foule pour l’adoration ; et sur les dalles du tombeau de famille, déjà depuis longtemps personne ne vient plus gémir. Le rocher sombre du Kazbek garde avidement sa proie et le murmure de l’homme ne trouble jamais leur éternel repos.


FIN DU DÉMON.