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prière, un adieu sans espoir, un adieu en pleine jeunesse !…

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XII.


Pendant ce temps, le veilleur de nuit exécutait seul et lentement autour des grands murs, sa ronde ordinaire. Il allait de tous côtés, agitant sa crécelle de fer[1] ; mais en arrivant à hauteur de la cellule de la jeune novice, il assourdit la cadence de son pas et l’âme troublée, s’arrêta, la main sur son instrument. Au milieu du silence environnant, il crut entendre deux bouches échangeant des baisers, puis un cri étouffé, suivi d’un faible gémissement. Un doute impie traversa le cœur du vieillard. Mais un moment s’écoula et tout redevint calme. On n’entendit plus que le souffle de la brise, apportant de loin le murmure des feuilles et le ruisseau de la montagne qui bruissait tristement sur ses rives sombres. Le vieillard dans sa peur se hâta de lire son livre de prières, afin d’éloigner de sa pensée pécheresse les tentations de l’esprit du mal, il se

  1. Instrument en fer qu’agitent autour du couvent les veilleurs de nuit pour constater leur passage.