Page:Lermontov - Un héros de notre temps, Stock, 1904.djvu/356

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ce lieu aucune main mortelle n’a encore profané leur couche virginale ! Non ! fais-moi un serment irrévocable. — Dis, tu vois, je souffre ! Tu vois ce que rêve une pauvre femme ! Sans le vouloir tu entretiens la peur en moi ; mais tu as tout compris, tu sais tout, et certainement tu auras pitié de moi ! Jure-moi, fais-moi serment de renoncer dès à présent à tes mauvais desseins ! Est-ce qu’il n’y a déjà, plus de serments et de promesses inviolables ?

LE DÉMON.

Je jure par le premier jour de la création ; je jure par son dernier jour ; je jure par l’opprobre du crime et par le triomphe de la vérité éternelle ; je jure par l’horrible souffrance de la chute et par la joie bien courte de la victoire. Je jure par notre rencontre et par la séparation qui nous menace de nouveau. Je jure par la foule des esprits, par le sort de mes frères qui me sont soumis, par les glaives sans tache des anges mes ennemis vigilants ; je jure par le ciel et l’enfer, par ce qu’il y a de plus sacré sur la terre et par toi ; je jure par ton dernier regard, par ta première larme, par l’haleine de ta bouche si pure et par les boucles de ta chevelure soyeuse ; je jure par la félicité et la douleur ; je jure par