Page:Lermontov - Un héros de notre temps, Stock, 1904.djvu/324

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dont j’avais été le témoin. Je désirais connaître son opinion sur la prédestination. Il ne comprit pas d’abord ce mot ; je le lui expliquai comme je pus et alors il me dit en remuant significativement sa tête.

« Oui, en effet, ce trait est assez bizarre !… Du reste les armes de ces Asiatiques ratentsouvent, si elles sont mal graissées, ou si l’on n’appuie pas assez fortement le doigt sur la détente. J’avoue que moi non plus je n’aime pas les carabines circassiennes ; elles ne vaudraient rien, même pour notre prochain ; la crosse en est trop petite et à chaque instant on peut se brûler le nez… quant à leurs sabres, ils ont tout simplement toute mon admiration ! »

Puis il ajouta en réfléchissant quelque peu :

« Oui j’ai pitié de ce malheureux… quel diable le poussait donc à causer la nuit avec un ivrogne !… Du reste, il est évident que cela avait été écrit dans sa destinée !… »

Je ne pus rien en tirer de plus : en général il n’aimait pas les discussions métaphysiques.