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(elle se signa). Que Dieu lui pardonne je l’espère, et à vous aussi !… Cela ne me regarde pas… Je n’ose pas vous accuser, parce que ma fille, quoique involontairement, en a été le motif… Elle m’a tout dit… tout, je crois ; vous lui avez exprimé de l’amour, elle vous a avoué le sien (ici elle soupira péniblement). Mais elle est malade, et je suis persuadée que ce n’est pas une simple maladie. Un chagrin secret la tue ; elle ne me l’a pas avoué, mais je suis sûre que vous en êtes la cause… Écoutez-moi ! Peut-être croyez-vous que je tiens au rang, à une grande richesse ; détrompez-vous ! Je veux le bonheur de ma fille. Votre situation pour le moment n’est pas à envier ; mais tout peut s’arranger. Vous avez de la fortune, ma fille vous aime, et elle a été élevée de façon à rendre son mari heureux. Je suis riche et n’ai que cette fille… parlez ; par quoi êtes-vous empêché ? Voyez, je ne devrais pas vous dire tout cela : mais je compte sur votre cœur, sur votre honneur. Pensez que je n’ai qu’une fille… une fille unique.

Elle pleurait.

— Princesse ! lui dis-je : il m’est impossible