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Petchorin ; c’était un excellent garçon ; mais un peu singulier : ainsi, il lui arrivait de passer une journée entière à la chasse par la pluie et le froid et lorsque tous étaient transis et fatigués, lui ne l’était pas le moins du monde, et puis d’autres jours où il n’avait pas quitté sa chambre, il se plaignait de sentir le vent et assurait qu’il avait froid et si le volet battait, on le voyait frissonner et blêmir. Je l’ai vu attaquer le sanglier tout seul. Parfois il passait des heures entières, sans qu’on pût lui arracher une parole, et d’autres fois, quand il se mettait à parler, on se tenait les côtes à force de rire ; il avait de grandes bizarreries et je crois que c’était un homme riche. Son bagage était considérable !

— Mais vécut-il longtemps avec vous ?

— Oui ! un an ; et cette année est encore présente à ma mémoire. Il m’a donné bien des tracas ; mais ce n’est pas cela qui le rappelle à mon souvenir ! Il y a vraiment de ces gens dans la destinée desquels il est écrit qu’ils auront des aventures extraordinaires !

— Extraordinaires, m’écriai-je avec un sentiment de curiosité et en lui versant encore du thé.

— Oui ! Je vais vous raconter cela :