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affirmer la plus infâme des calomnies. Ma présence vous eût peut-être préservé d’une lâcheté de plus. »

Groutchnitski s’est levé de sa place et a voulu s’emporter :

— Je vous en prie, ai-je continué sur le même ton, veuillez rétracter vos paroles. Vous savez très bien que tout cela n’est qu’une pure invention, et je ne crois pas que l’indifférence d’une femme pour vos brillantes qualités mérite une telle vengeance. Réfléchissez-y bien. En maintenant votre opinion, vous perdrez le titre d’honnête homme et vous risquerez votre vie.

Groutchnitski était debout devant moi, les yeux baissés et dans une agitation extrême. Mais la lutte entre la conscience et l’amour-propre n’a pas été longue. Le capitaine de dragons, assis à côté de lui l’a touché au coude ; il a frissonné et m’a répondu rapidement sans lever les yeux :

— Mon cher monsieur, lorsque je dis quelque chose, c’est que je le pense et suis prêt à le répéter ; je ne crains point vos menaces, et suis préparé à tout.

— Dernièrement, vous me l’avez déjà prouvé, lui ai-je répondu avec froideur, et prenant le