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d’avoir agi avec intention ; mais cela ne fait qu’augmenter sa faute à mes yeux.

« Était-ce bien réellement des Circassiens ? a dit quelqu’un ; les a-t-on vus ?

— Je vous raconterai toute la vérité, a répondu Groutchnitski ; seulement, je vous en prie, ne me trahissez point. Voici comment la chose s’est passée. Hier un homme que je ne vous nommerai pas est venu chez moi et m’a raconté qu’il avait vu quelqu’un, à dix heures du soir, se glisser dans la maison des dames Ligowska. Il faut vous faire observer que la princesse-mère était ici et que sa fille était restée à la maison. Alors je suis allé avec lui me placer sous la fenêtre afin de guetter l’heureux mortel. »

J’avoue que j’étais effrayé quoique mon convive fût fort occupé de son déjeuner. Il aurait pu entendre des choses assez désagréables pour lui si Groutchnitski avait su réellement la vérité, mais aveuglé par la jalousie, il ne l’avait pas soupçonnée un instant.

Ainsi donc, à continué Groutchnitski, nous étions partis avec nos fusils chargés à poudre seulement, afin de l’effrayer un peu. Nous attendons jusqu’à deux heures dans le jardin. Enfin