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veilleux escamoteur. La princesse Ligowska, quoique sa fille soit malade, a pris un billet pour elle.

Aujourd’hui même, après dîner, j’ai passé auprès des fenêtres de Viéra. Elle, était assise à son balcon. À mes pieds est venu tomber un pli :

« Ce soir, à dix heures, viens chez moi par le grand escalier ; mon mari est parti pour Piatigorsk et ne revient que demain matin. Il n’y aura à la maison ni gens, ni femmes de chambre ; je leur ai donné des billets à tous ainsi qu’aux gens de la princesse. Je t’attends, ne manque pas. »

Ah ! ai-je pensé, voilà donc enfin ce que je désirais.

À huit heures, je suis allé voir l’escamoteur. Le public ne s’est réuni que vers neuf heures ; le spectacle a commencé. Aux dernières rangées de chaises, j’ai vu les laquais et les femmes de chambre de Viéra et des princesses. Tous étaient bien là. Groutchnitski était assis au premier rang avec son lorgnon. L’escamoteur lui demandait, à chaque fois qu’il en avait besoin, sa montre, sa bague, etc.

Groutchnitski ne me salue déjà plus depuis quelque temps, et aujourd’hui il m’a même re-