Page:Lermontov - Un héros de notre temps, Stock, 1904.djvu/252

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


il s’est levé de sa place, a tendu la main au capitaine et lui a dit d’un air grave :

« Bien ! je consens ! »

Il serait difficile de décrire les transports de l’honorable compagnie.

Je suis retourné à la maison, agité par deux sentiments différents : le premier était la tristesse. Pourquoi me détestent-ils tous ? ai-je pensé. Pourquoi ? ai-je offensé quelqu’un ? Non. Est-il possible que j’appartienne au nombre de ces hommes dont la seule mine inspire de la haine ? Et je sentais qu’une méchanceté pleine de fiel remplissait peu à peu mon âme. Prenez garde, monsieur Groutchnitski, disais-je, en allant et venant dans ma chambre ; avec moi ce ne sera pas une plaisanterie ! Vous pourriez payer cher votre complaisance envers vos stupides camarades. Je ne veux point vous servir de jouet !

Je n’ai pu fermer l’œil de toute la nuit, et ce matin j’étais jaune comme une orange.

Un peu plus tard, j’ai rencontré la jeune princesse au puits.

« Êtes-vous malade ? m’a-t-elle dit en me regardant attentivement.

— Je n’ai pas dormi de la nuit.