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« Cet homme m’aime ; mais je suis mariée ; par conséquent je ne dois pas l’aimer. » Or, voici comment elles raisonnent :

« Je ne dois pas aimer cet homme, parce que je suis mariée ; mais il m’aime ; par conséquent… »

Ici beaucoup de points… car leur raison ne dit rien, et c’est en grande partie leur langue qui parle d’abord, leurs yeux ensuite ; et puis leur cœur, quand elles en ont un.

Que ces écrits viennent à tomber sous les yeux d’une femme ; calomnie ! s’écriera-t-elle avec indignation. C’est que, depuis que les poètes écrivent et que les femmes les lisent (et nous leur en sommes profondément reconnaissants), on les a appelées si souvent des anges, que dans la simplicité de leur âme, elles ont cru effectivement à ce compliment, oubliant que ces mêmes poètes, pour de l’argent, ont mis Néron au rang des dieux.

C’est mal à propos que je me permets de parler des femmes avec tant de méchanceté, moi qui, hormis elles, n’aime rien en ce monde ; moi qui suis toujours prêt à leur sacrifier mon repos, mon ambition, ma vie. Oh ! non, je ne m’efforcerai pas dans un accès de dépit et d’amour-propre blessé de leur arracher ce voile magique