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ce pas vrai, Monsieur Petchorin ? que M. Groutchnitski était bien mieux avec son manteau gris ?

— Je ne suis pas tout à fait de votre avis ; lui ai-je dit ; son uniforme le rajeunit.

Groutchnitski n’a pu supporter ce coup ; comme tous les jeunes gens, il a des prétentions à paraître vieux, il pense que sur son visage les traces profondes des passions remplacent les rides de l’âge. Il m’a lancé un regard furibond, a frappé du pied et s’est éloigné.

— Avouez ! ai-je dit à la princesse, que quoiqu’il ait été toujours très ridicule, il a été bien près de vous intéresser… avec son manteau gris ? »

Elle a baissé les yeux et n’a pas répondu. Groutchnitski a poursuivi la princesse pendant toute la soirée et a toujours dansé avec elle ou vis-à-vis d’elle. Il la dévorait des yeux, soupirait et l’ennuyait de ses prières et de ses reproches ; après le troisième quadrille elle le détestait déjà.

« Je ne m’attendais pas à cela de toi ; m’a-t-il dit, en s’approchant de moi et me prenant le bras.

— Eh bien, quoi ?

— Ne danses-tu pas la mazurka avec elle ? m’a-t-il demandé d’une voix superbe. Elle me l’a avoué.