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geons de matière, » et, content de ce mauvais jeu de mots, il est devenu plus gai.

À huit heures, nous sommes allés ensemble chez la princesse. En passant près de la maison de Viéra je l’ai aperçue à sa croisée. Nous avons échangé un rapide regard. Elle n’a pas tardé à arriver après nous chez les dames Ligowska. La princesse-mère m’a présenté à elle comme à sa parente, on a bu le thé ; il y avait beaucoup de monde et la conversation est devenue générale, je me suis efforcé déplaire à madame Ligowska ; j’ai plaisanté, et je l’ai fait rire quelquefois de bon cœur. La jeune princesse avait également envie de rire, mais elle se retenait pour ne pas sortir du rôle qu’elle s’était choisi. Elle trouve que la langueur lui va et peut-être ne se trompe-t-elle point.

Groutchnitski est très heureux de voir que ma gaîté ne se communique pas à elle.

Après le thé tout le monde est rentré au salon.

« Êtes-vous satisfaite de mon obéissance, Viéra ? » lui ai-je dit, en passant près d’elle.

Elle m’a jeté un regard plein d’amour et de reconnaissance. Je suis habitué à ces regards, et