Page:Lermontov - Un héros de notre temps, Stock, 1904.djvu/20

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Il sourit avec un air malin et me dit, en me regardant d’une manière significative :

— Vous êtes probablement depuis peu au Caucase ?

— Il y a environ un an.

Il sourit une deuxième fois.

— Eh bien, que voulez-vous dire ?

— Ah voilà ! ces Orientaux voyez-vous, sont d’affreuses canailles ! vous croyez qu’ils excitent leurs animaux, parce qu’ils crient ? mais qui diable comprend ce qu’ils disent ? Si ! les bœufs. Vous auriez beau en atteler vingt, quand ils poussent leurs cris, les bœufs ne bougent pas de place. Ce sont de terribles filous ! Et que peut-on espérer d’eux ? Ils n’aiment que l’argent qu’ils arrachent au voyageur : on les a gâtés ces voleurs ! vous verrez qu’ils vous demanderont encore un pourboire. Moi, je les connais bien et ils ne me trompent plus.

— Est-ce qu’il y a longtemps que vous servez ici ?

— Oui ! j’ai déjà servi ici sous Alexis Petrovitch, répondit-il en s’inclinant : lorsqu’il vint prendre le commandement, j’étais sous-lieute-