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sieur en habit ; ayant de longues moustaches, une figure rouge et qui en trébuchant s’est dirigé droit vers la princesse. Il était ivre ; il s’est arrêté devant la pauvre fille, qui était toute troublée, a croisé ses mains derrière lui, et fixant sur elle ses yeux gris, lui a dit d’une voix de soprano enroué :

— Permettez-moi… mais non ! plus simplement, je vous engage pour la mazurka…

— Que désirez-vous ? a-t-elle répondu d’une voix tremblante, et jetant tout autour un regard suppliant. Hélas ! sa mère était assez loin de là, et près d’elle pas un de ses cavaliers de connaissance. Un seul aide-de-camp m’a paru voir tout cela, mais il s’est caché dans la foule, afin de s’éviter une histoire.

« Quoi donc ? a dit le monsieur ivre, en faisant signe du coin de l’œil au capitaine de dragons, qui l’encourageait de ses gestes. Est-ce que cela vous déplaît ? J’ai de nouveau l’honneur de vous engager pour la mazurka… Vous pensez peut-être que je suis ivre ? mais ce n’est rien !… Je suis très ingambe, je puis vous assurer… »

Je voyais qu’elle était prête à s’évanouir de frayeur et d’indignation.