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— D’où viens-tu ?

— De chez les princesses Ligowska, m’a-t-il dit d’une voix grave ; comme Marie chante !…

— Je parierais qu’elle ignore que tu es sous-officier ; elle croit sans doute que tu es un officier destitué.

— Peut-être ! Que cela peut-il me faire ? a-t-il dit d’une manière distraite.

— Rien ! Je dis cela seulement…

— Mais sais-tu, toi, que tu l’as irritée sérieusement ? Elle a trouvé que tu étais d’une arrogance inouïe. J’ai tâché de lui persuader que tu étais au contraire très aimable, que tu savais bien le monde et que tu ne pouvais avoir eu l’intention de l’offenser. Mais elle m’a dit que tu avais le regard impertinent et que sûrement tu devais avoir une très haute opinion de toi-même.

— Elle ne se trompe pas… mais toi, ne voudrais-tu pas par hasard prendre parti pour elle ?

— Je regrette de ne pas avoir encore ce droit.

Ah ! ai-je pensé ; il a certainement déjà des espérances.

— Ce qui est fâcheux pour toi, c’est que tu auras maintenant bien de la peine à faire leur connaissance, et c’est regrettable, parce que