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parce qu’ils sont plus riches que moi, me regarderont avec mépris ; tandis qu’ici ce grossier uniforme ne m’a pas empêché de faire connaissance avec vous.

— Au contraire ! a dit la princesse en rougissant légèrement.

Le visage de Groutchnitski s’est illuminé de plaisir ; il a continué :

— Ici, au milieu du bruit et sous les balles de ces peuples sauvages, ma vie s’écoule vite et sans que je m’en aperçoive, et si Dieu m’envoyait chaque jour un regard ardent de femme, un seul semblable à celui…

À ce moment ils arrivaient au point où je me trouvais ; j’ai fouetté mon cheval à l’épaule et suis sorti du milieu des arbres.

« Mon Dieu ! un Circassien ! » s’est écriée la princesse avec terreur.

Afin de les détromper, j’ai répondu en français, les saluant légèrement :

« Ne craignez rien, Madame, je ne suis pas plus dangereux que votre cavalier. »

Elle a paru agitée — mais pourquoi ? Était-ce à cause de son erreur, ou à cause de l’audace de ma réponse. J’aurais désiré que ma dernière