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de ces ravins que les habitants du pays appellent Balkami, je me suis arrêté pour abreuver mon cheval. En ce moment une cavalcade bruyante et fort élégante s’est montrée dans le chemin. Les dames étaient en amazones noires et bleues et les cavaliers en costume mélangé de circassien et de vêtements ordinaires ; Groutchnitski marchait en tête avec la princesse Marie.

Les dames, aux eaux, croient encore aux attaques des Circassiens en plein jour. Probablement à cause de cela Groutchnitski avait suspendu sous son manteau de soldat un sabre et une paire de pistolets. Il était assez plaisant sous ce costume de héros. Un grand buisson me cachait à leurs yeux ; mais à travers les feuilles j’ai pu voir et deviner à l’expression de leurs visages que la conversation avait un tour sentimental ; ils sont arrivés enfin auprès de la descente, Groutchnitski a pris le cheval de la jeune princesse par les rênes, et j’ai pu entendre la fin de leur conversation.

— Et vous voulez passer toute votre vie au Caucase ? disait la princesse.

— Qu’est pour moi la Russie ? a répondu son cavalier. Une contrée où des milliers d’hommes,