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jeune fille en manteau rayé, les cheveux dénoués au vent, une véritable ondine. De sa main elle protégeait ses yeux contre les rayons du soleil et regardait attentivement au loin ; tantôt riant et se parlant à elle-même, tantôt reprenant de nouveau sa chanson.

Je me souviens de ce chant mot à mot :

 
Libres comme la volonté,
Dans la mer verte,
Vont tous les navires
Aux voiles blanches.


Parmi ces navires,
Ma nacelle
Ma nacelle est sans voiles ;
Et n’a que deux rames.


L’ouragan commence à souffler ;
Les vieux navires
S’enlèvent sur les avirons
Et se dispersent sur la mer.


Moi je me mets
À saluer profondément la mer :
En lui disant : méchante mer !
Respecte ma nacelle.


Ma nacelle porte
Des objets précieux ;
Et au milieu des ombres de la nuit
Une tête hardie la conduit.


Involontairement, il me vint à l’idée que pendant la nuit j’avais entendu cette même voix. Je