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Cette fois la vieille entendit et se mit à grogner :

« En voilà des inventions sur ce pauvre estropié. Pourquoi lui en voulez-vous ? que vous a-t-il fait ? »

Tout cela m’agaçait et je sortis, décidé à avoir la clef de cette énigme.

Je m’enveloppai dans mon manteau et m’assis contre la cloison, sur une pierre. Devant moi s’étendait la mer encore agitée par la tempête de la nuit ; son bruit monotone, semblable au murmure d’une ville endormie, me rappela mes années passées dans le Nord, où se trouve notre froide capitale. Plongé dans ces souvenirs, je m’oubliai… Une heure environ s’écoula ainsi, peut-être davantage. Soudain, quelque chose de semblable à un chant frappa mon oreille ; c’était effectivement une chanson que disait une fraîche voix de femme. Mais d’où venait-elle ? Je me mets à écouter avec soin ; c’était un chant mélodieux, tantôt lent et triste, tantôt rapide et animé. Je regarde et je ne vois personne autour de moi. J’écoute de nouveau ; les sons semblaient venir du ciel ; alors je levai les yeux. Sur le toit de la cabane, j’aperçus une