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PREFACE DE L’AUTEUR




Dans tout livre, la préface est ordinairement la première chose et en même temps la dernière. Elle sert ou à indiquer le but de l’ouvrage, ou à le justifier et à répondre par avance à la critique. Mais on aurait tort de croire que j’écris celle-ci dans l’intérêt moral des lecteurs ou contre les attaques des critiques de journaux : ni les uns ni les autres ne la liront. Et je regrette qu’il en soit ainsi, surtout dans notre pays où le public est encore si primitif, si ingénu, qu’il ne comprend pas les fables, si, à la fin, il n’y trouve une moralité. Il ne devine pas la plaisanterie et ne saisit pas l’ironie ; il est simple et grossièrement élevé : il ne sait pas encore que dans le monde comme il faut, et dans un livre de bon ton, une discussion violente ne peut avoir lieu d’une manière trop apparente ; il ignore que la civilisation actuelle a découvert des armes plus fines, presque invisibles, et non moins sûres, qui, sous le couvert de la flatterie, vous portent des coups mortels et inévitables.

Notre public ressemble à un paysan qui entendant causer deux diplomates, appartenant à des