Page:Lermontov - Un héros de notre temps, Stock, 1904.djvu/127

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Tu radotes, l’aveugle ! dit-elle. Je ne vois rien.

J’avoue que je m’efforçai de distinguer au loin quelque chose qui ressemblât à une barque, mais ce fut sans succès. Dix minutes s’écoulèrent ainsi. Bientôt un point noir se montra au milieu des vagues élevées. Ce point, tantôt grossissait, tantôt diminuait ; une barque monta lentement sur la cime des flots, puis descendant rapidement avec eux, se rapprocha du rivage. C’était un hardi nageur que celui qui avait osé, par une semblable nuit, entreprendre un voyage de vingt verstes à travers le détroit ; et ce devait être un motif bien sérieux qui le poussait à cela. Tandis que je faisais ces réflexions et que mon cœur se serrait à la vue de la pauvre barque ; celle-ci plongeant comme un oiseau de mer et se relevant rapidement sur ses avirons comme sur des ailes, se dégagea de l’abîme des flots écumants ; et lorsque je pensais que dans son élan elle se heurterait au rivage et volerait en mille éclats, elle tourna légèrement, présenta son travers et entra dans la petite baie saine et sauve. Un homme de taille moyenne et coiffé d’un bonnet tartare en peau de mou-