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L’histoire d’une âme, si petite qu’elle soit, n’est-elle pas plus curieuse et plus profitable que l’histoire de tout un peuple ? Et surtout lorsqu’elle est le produit des observations d’un esprit méchant sur lui-même et qu’elle est écrite sans le désir présomptueux de se voir imiter et d’exciter l’admiration.

Une confession franche en Russie est si rare, et on ne se lit point à ses amis !

Aussi le seul désir d’être utile m’a décidé à faire imprimer ces fragments d’un journal que m’a procuré le hasard. Cependant j’ai changé tous les noms ; mais ceux dont on parle se reconnaîtront sûrement et trouveront là la justification de certains faits, pour lesquels, jusqu’à ce jour, ils avaient accusé un homme, qui n’a déjà plus rien de commun avec ce monde. Nous pardonnons presque toujours ce que nous comprenons.

Je n’ai placé dans ce livre que ce qui se rapporte au séjour de Petchorin au Caucase. Il est resté dans mes mains un énorme cahier où il raconte sa vie. Quelque jour je la soumettrai au jugement du public, mais en ce moment je n’ose prendre cette responsabilité pour de nombreux et sérieux motifs.

Peut-être quelques lecteurs auront-ils l’envie de connaître mon opinion sur le caractère de Petchorin : Ma réponse est le titre du livre. Mais c’est une méchante ironie me dira-t-on !…

Je ne sais…