Page:Lermontov - Un héros de notre temps, Stock, 1904.djvu/112

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


que c’est un homme léger sur lequel il est impossible de compter ; mais vraiment ce serait regrettable de le voir mal finir, et il est impossible qu’il en soit autrement ! Je lui disais toujours que c’était mal d’oublier de vieux amis.

Il se retourna afin de cacher son agitation et alla vers la porte auprès de sa voiture, dont il me parut à peine voir les roues, tellement ses yeux s’étaient en ce moment remplis de larmes.

— Maxime, lui dis-je en m’approchant de lui ; quels sont donc les papiers que vous a laissés Petchorin ?

— Ah ! Dieu le sait ! quelques récits.

— Mais qu’en ferez-vous ?

— Ce que j’en ferai, mais j’en ferai des cartouches !

— Donnez-les moi, cela vaut mieux ?

Il me regarda avec étonnement, et en murmurant entre ses dents se mit à fouiller dans sa valise. Il en tira un cahier et le jeta à terre avec mépris, puis d’autres, trois, dix eurent le même sort. Dans son chagrin, il avait quelque chose d’un enfant ; cela me paraissait triste et plaisant à la fois.