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dans trois mois, dans six mois, le ressentiment de ton père sera aussi violent que maintenant. Peut-être que non. Le temps dans sa course rapide, opère beaucoup de changements, et avant cette période, il peut survenir des influences assez fortes pour adoucir et calmer, sinon prévenir entièrement, la colère de M. de Mire-court. Enfin, Antoinette, tu sais qu’à l’âge de dix-huit ans, rien ne peut te priver de la jouissance de la petite fortune que t’a laissée ta mère, dont les désirs sur ce point ont été, heureusement pour nous, enregistrés légalement. Jusque-là, — c’est, comparativement bien peu de temps à attendre, — nous serons probablement obligés de garder notre secret.

Il y eut un long silence. De nouvelles craintes envahirent l’esprit d’Antoinette, et pour la première fois se présenta à elle l’idée affreuse et pleine d’humiliation que Sternfield l’avait épousée non par un romanesque sentiment d’attachement, mais par un froid calcul, pour des motifs d’intérêt !

Cependant, toujours avec le même calme merveilleux, elle demanda :

— Lorsque vous m’avez épousée, Audley, connaissiez-vous, comme à présent, ma condition ?

— Sans doute, naïve enfant. Crois-tu donc qu’avec un revenu qui suffit à peine pour me tenir à la hauteur de mon rang — mes gants seuls coûtent un dollar par jour — (le major Sternfield ne mentionnait pas ses folles dépenses de jeu) — je me serais aventuré dans le