Page:Leo - Un mariage scandaleux.djvu/410

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

— Hypocrite ! dit-elle ; eh bien, oui, Michel, tout cela peut et doit se faire entre vous et moi ; mais, pauvre ami, ne comprenez-vous pas que mes parents n’accepteraient rien de vous, quand même il s’agirait de leur vie ?

— Et si vous disiez que ça vient d’ailleurs ? J’ai 75 francs chez moi, Lucie, et de mes anciens gages 200 francs placés, qu’on pourrait avoir sous un mois. En donnant les 75 francs, Mourillon patienterait un peu pour le reste. Et tenez, je puis arranger ça moi-même avec lui.

— Non, Michel, parce que Mourillon ne vous garderait pas le secret, et qu’au lieu d’être reconnaissants de cette action, mes parents s’en irriteraient contre vous, chercheraient de mauvais motifs à votre conduite et vous en voudraient comme d’une grande injure. Si vous le voulez absolument, cher ami, je leur en parlerai ; mais je n’y gagnerai rien que d’exciter leur colère.

— Oh ! Lucie ! jamais donc ils ne m’aimeront ! jamais donc ils ne voudront de moi, Lucie ! et que deviendrons-nous, s’ils ne veulent jamais ?

— Il y a trois semaines seulement que nous sommes fiancés, Michel, manquerez-vous de courage et de patience ?

— Non pas de courage, ma Lucie ; mais pour la patience, mon Dieu ! est-ce qu’on en pourrait avoir à la porte du paradis ? Oh ! je sais bien que j’ai tort ! je sais que je suis trop heureux ! je me répète ça toute la journée. J’en suis toujours à me demander si c’est possible que j’aie tant de bonheur ; et avec ça, ma Lucie, je sens bien que je n’en ai pas assez ! Ah ! si j’étais seulement sûr, Lucie, que vous serez ma femme un jour !

— Mon ami, je l’espère, je le crois. Dans trois ans, si je n’ai pas réussi, je vous rendrai votre amour, Michel, si vous voulez le reprendre. Pouvez-vous attendre trois ans ?