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de la santé, puis sur l’état de la récolte, puis sur l’état du temps, mais que venait presque toujours interrompre cette phrase contrariante : Faut que je m’en aille, mam’zelle Boc ; on est si pressé !

Enfin, à l’horizon de la place, apparut une créature plus tranquille d’aspect, une paysanne dodue, qui marchait à petits pas en tricotant son bas de laine. Mlle Boc eut un tressaillement de joie.

— Eh ! vous voilà, Touronne, cria-t-elle du plus loin qu’elle put. Arrivez donc vous asseoir. Il fait si chaud, ma mignonne, qu’on ne peut aller loin.

— Seigneur ! mam’zelle Boc, je ne demande pas mieux. On est tout collé ! Grand bonheur qu’on ne soit plus dans les prés chez nous ! C’était pour y fondre, quoi.

— Vous avez déjà serré vos foins !

— Fini d’hier, mam’zelle, merci au bon Dieu ! Et une belle grangée que nous avons ! Dieu nous a bénis cette année !

Tout en parlant ainsi, la Touron était arrivée tout proche de Mlle Boc, et alors, changeant tout à coup son air et sa voix :

— Bonsoir, mam’zelle, comment vous portez-vous ? Salut infaillible que le paysan n’oublie jamais, et qu’il tiendrait en réserve une demi-heure, si l’on pouvait causer à distance pendant si longtemps.

— Seigneur ! fait-il chaud ! et vous êtes donc toute seule, à présent, mam’zelle ?

— Ne m’en parlez pas, tenez, je suis lasse d’en ouvrir la bouche. Ça devait finir comme ça. Une drôlesse que j’avais comblée de bienfaits !

— Que voulez-vous, mam’zelle ? M. le curé a ben raison de dire qu’il ne faut faire le bien que pour l’amour de Dieu.

— C’était uniquement pour l’amour de Dieu ce que