Page:Lemonnier - Happe-chair, 1908.djvu/58

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


moment il eut le dégoût de sa petite sœur, la battit quand elle s’approchait de lui, câline, avec des étirements de jeune chatte. Il finit d’ailleurs par déserter tout à fait l’école, buissonna des jours entiers en quête de nids, gaulant pommes et noix dans les enclos, s’amusant à tuer les grenouilles au bord des mares, adonné à des goûts de maraude et de braconnage.

Puis un jour, la Félicité avait planté là son ménage, emmenant avec elle son clampin de fils, pour suivre une connaissance faite à la ville dans une ribote, ce gros homme de Gilpiat quelle avait littéralement subjugué. Le marchand de bœufs possédant une petite ferme à une couple d’heures du Culot, ils étaient allés vivre là publiquement, dans une modeste aisance. Tout de suite elle avait pris la direction des affaires et de la maison, après avoir chassé une servante-maîtresse, vieillie au service du maître ; et petit à petit, de ses ruses de femme experte en amour, elle avait limé les énergies du paillard dont la santé, dégonflée comme un ballon, sembla à mesure remonter au torse de la femme, dans une plénitude de vie largement nourrie. Quant à Lerminia, l’épaule déchargée du faix de cette existence à deux, il n’eut pas un instant la pensée de faire valoir sa condition de mari outragé. C’était un débarras, et un fameux ! que cette envolée de la mégère et de sa portée. De joie, il chopina pendant une semaine, disant à qui voulait l’entendre qu’il brûlait une fière chandelle à l’homme qui lui avait pris sa femme. Et, pour dix francs le mois, ils allèrent occuper, Clarinette et lui, le cabanon de la Californie, une masure avec un petit champ, dans la solitude pelée de la butte.

Pendant un peu de temps, il parut prendre goût à la terre, bêchant jusqu’à la nuit tombée ; sa dure écorce de vieil ouvrier s’amollissant dans la détente de cette vie tranquille, il eut même des douceurs pour la fillette, renouvela ses frusques, voulut que son salaire servît à leur donner à tous deux un peu de bien-être. Mais Clarinette, toute au jour présent, sans notion d’ordre ni d’économie, fit de telles dépenses que leur maigre budget en demeura grevé pour longtemps. Alors les querelles, les injures, les violences recommencèrent ; il la cognait, de ses énormes poings lui fonçait les côtes ou la bourrait de coups de pieds au derrière, redevenu la