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choses meilleur. Quant à Marescot, tout entier aux affaires, il avait des principes très flottants en matière de conscience, mettait les intérêts particuliers au-dessus de l’intérêt des partis, ne voyait dans le clérical et le libéral qu’un jeu de gouvernement dont les malins comme lui profitaient.

L’organisation des nouveaux services exigea près de trois mois ; puis les ouvriers furent informés de la création d’un magasin d’alimentation, avec faculté pour eux de s’y approvisionner de pain, de lard, d’épiceries et généralement de toutes les denrées de première nécessité, moyennant des retenues sur le salaire. On apprit en même temps l’institution d’une caisse d’avances : en cas de besoin, tout le monde pourrait y avoir recours ; mais le chiffre des avances ne devait jamais dépasser le montant d’une semaine de travail. Enfin la gérance fit afficher que tout enfant de l’un et l’autre sexe entrant aux ateliers serait dorénavant astreint à fréquenter, les garçons trois cours de l’école primaire, les filles les classes de l’école ménagère, avec faculté pour les ouvriers de tout âge de suivre les leçons.

L’ancien personnel s’était renforcé d’un chef pour la boulangerie et la minoterie, d’un magasinier et d’un aide pour le service de l’alimentation, d’un frère ignorantin pour l’école primaire, enfin de deux religieuses qui tenaient à la fois l’infirmerie et la classe ménagère, le tout formant une division sous les ordres d’Émile Jamioul.

Ce fut pour celui-ci, déjà chargé de la direction des laminoirs, un surcroît considérable de peine et de surveillance. Dès le premier mois, il acquit la conviction que le chef de la boulangerie volait l’administration sur le prix d’entrée des farines et le consommateur sur le prix de sortie des pains, et il le cassa aux gages. En outre, l’ouvrier, fidèle à ses routines et trouvant chez le détaillant un crédit ouvert, qu’il payait à un taux usuraire, se montrait hésitant, au fond convaincu que les retenues étaient une exploitation des patrons. Il fallut aussi lutter contre le mauvais gré des parents. Est-ce que le catéchisme du curé ne suffisait pas aux enfants ? Qu’est-ce qu’ils avaient besoin d’en savoir si long pour retourner du fer sur la sole, du charbon dans le four et des wagon-