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Mais subitement elle aperçut à quelques pas un jardinet bordé d’une haie d’épines. Elle enjamba la haie, s’ensanglantant la chair ; ses cuisses en une seconde furent criblées de dards. Et par surcroît, son lambeau de chemise demeura accroché à la meurtrière clôture. Dans le courtil, deux ais mal joints béaient sur un cabinet d’aisances, de pauvres latrines de paysan en grosses briques rugueuses, avec une bouche noire, énorme, par où montait une odeur de fermentation fétide. Elle tira la porte sur elle et, le loquet manquant, la tint fermée avec la main.

C’était le salut. Un flot passa presque aussitôt après le long de la haie, sans se douter qu’elle était mussée derrière. Elle entendit les voix se perdre au loin, demeura encore un instant à se remettre, tout son corps ruisselant de sueur, avec la douceur d’un petit vent humide sur la peau, soufflant de la fosse sous elle. Puis, comme précisément le bruit décroissait, elle quitta son immonde cachette, sauta par-dessus la barrière, et avec des forces refaites, reprit sa course du côté de l’impasse où logeait la Ronche. De nouveau, la nuit du Culot, lentement éclaircie aux premières lueurs du jour, vit errer dans l’aube grise des rues, ce fantôme aux mamelles bondissantes, cette étrange apparition d’une chair pâle, filant du train d’un gibier relancé. Comme la Ronche ne dormait pas, occupée à se chamailler avec son amant, elle reconnut du premier coup la voix de la Rinette. Elle se laissa tomber à bas de son lit et, mise au courant, lui offrit une place sur l’oreiller entre eux deux.



XXXII



Maintenant, chaque matin, Huriaux, avant de partir pour l’usine, allait déposer en passant Mélie chez les Simonard. Moyennant une somme modique. Philomène avait consenti à la garder toute la journée ; et il s’était arrangé pour prendre sa table chez eux. Une partie de sa vie se passait ainsi dans ce petit inté-