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preuve la glace, la lampe et le reste. — Et même qu’on l’avait fait joliment valser, elle ; de la danse qu’on lui avait fichue, elle était encore bleue, l’échine rompue et les jambes rompues. Ah ! nom de Dieu, oui, qu’on avait rigolé !

Il la regardait étourdi, bouche bée, devinant là une moquerie atroce, avec la perception confuse toutefois d’une soulographie, d’une sale débauche qui avait bouleversé la maison. Elle le laissa sous le coup de ses perplexités, continuant à remuer les épaules par risée. Alors il sentit gronder sa colère et cogna la table d’un grand coup de poing.

— Faut parler… M’faut savoir qui qu’a cassé l’miroir et la lampe à pétrole ! C’est i quéqu’un qu’avait des raisons d’taper dessu’ l’ bazar ?

— Cherche pas… T’ faudrait cor’ pus d’une année pour trouver. Des raisons, ben sûr qu’i-z-en avaient… Et d’abord, t’avais qu’à pon leur cracher dessus… Des frères, d’s’ amis ! Maintenant c’est fini, qu’i z’ont dit, on ne vindra pus, rapport à ce sacré losse d’homme, qu’est ton homme, une mazette qu’a les foies blanches et pon d’ cœur au ventre. Et Gaudot a dit comm’ ça aux autres : « Faut casser leur bazar. On lui apprendra, à ce jean-foutre à s’ mettre contre les camarades » ; et alors i z’ont tapé tos ensemble. J’ sais pas commin j’ suis sortie d’là avec em’ peau.

— Les rosses ! hurla Huriaux hors de lui. I’ m’ l’ paieront !

Mais la Rinette de nouveau eut son haussement d’épaules. C’était sa faute, après tout : il n’avait pas besoin de les lâcher ; s’il l’avait écoutée, tout cela ne serait pas arrivé. Maintenant, qu’il se revengeât ou non, le cabaret n’en était pas moins à l’eau : autant valait