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une claque battait des mains en riant, elle se monta, déclara qu’il eût fallu pendre à la plus haute des cheminées Poncelet et les ingénieurs, tous des canailles ! Alors la chambrée détala, en chantant sur un air demeuré en vogue depuis la chute du dernier ministère :

À bas Poncelet ! À bas l’grigou !
Faut le pendre la corde au cou !

À la rentrée de Jacques, une explication eut lieu. Hardie, l’œil impérieux, tout enflammée encore de jactance et de gloriole, elle lui intima l’ordre de chômer comme les camarades. Mais il s’emporta contre une telle prétention : elle n’avait pas de leçons à lui donner ; lui seul était le maître de se prononcer là-dessus. Et dans son dépit, furieuse, vitupérante, elle finit par l’accabler de son vocabulaire d’injures.

Le meeting des Fanfares fut tumultueux. À neuf heures, un premier flot était entré, grossi de moment en moment par les poussées du dehors. Maintenant une foule se tassait là, montée sur les bancs, les chaises, les tables, dans un tumulte de bras levés, un vacarme assourdissant d’hommes parlant en même temps. Soudain une clameur s’entendit par-dessus les autres.

— Place ! v’là Lambilotte !

Mais l’empilement était si compact que le vieux chaudronnier se débattait à l’entrée sans pouvoir avancer. Alors deux gaillards vigoureux le hissèrent sur leurs épaules ; et l’on vit s’agiter sa barbe inutilement parmi des cris, des rires, des huées, des bravos où ses paroles se perdaient. Au bout d’un quart-d’heure seulement, un peu de silence se rétablit, Lambilotte put dire quelques mets. Mais, comme, dès le début, il se déclarait pour la guerre à outrance et les moyens violents, de nouveau il fut interrompu par ceux qui ne voulaient pas de grève ou la voulaient légale, sans tapage.

— À la porte l’diseu d’carabistouies ! Y voudrait nous mett’ dedans, parce que lui, ça lui est égal. On sait ben qu’il a son fricot cuit !

Et des voix appelèrent Huriaux.

— Huriaux ! Huriaux ! faut qu’Huriaux nous dise c’qu’i pense. Il a des idées. C’est un homme !