Page:Lemonnier - Happe-chair, 1908.djvu/259

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


deux seules mesures qui restent aux administrations débordées, à savoir le renvoi d’une partie du personnel ouvrier ou la diminution du prix de la main-d’œuvre. Jamioul avait besoin de ces explications vis-à-vis de lui-même pour se retrouver sans trouble parmi cette grande famille dont il possédait la confiance et qu’il ne se fût pas senti la force de laisser frapper pour une misérable rancune dont il eût été le sujet. Après tout, des deux maux, c’était le moins cruel qui allait sévir sur Happe-Chair ; et lui-même, depuis le début de la crise, en avait prévu l’éventualité.

Cependant Poncelet s’était remis à remuer ses chiffres. On apprit dans les bureaux que le travail fait jusque là était non avenu, qu’on allait devoir recommencer à nouveaux frais. La comptabilité fut remaniée, on revérifia les états civils, les rapports de médecins, les déclarations des contremaîtres, tout le détail de la grande enquête. Et la procession des commis se remit à défiler dans les couloirs, aux coups de sonnette du directeur plus nerveux que jamais. Au bout de dix jours, le conseil, convoqué extraordinairement, s’assembla.

Depuis prés d’un mois, les guichets étaient assaillis par une nuée