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bataille. D’autres avaient eu la même impression avant lui, obscure et purement instinctive, et petit à petit accoutumés, avaient fini par n’y plus songer, passaient là maintenant avec l’indifférence de leur inconscient héroïsme.

Comme il sortait de la buvette, après avoir fait honneur aux camarades, il tomba sur Omer Panier, le contremaître. Ce dernier, qui le cherchait, lui lâcha à brûle-pourpoint :

— Mon garçon, i a pas de travail pour vous. C’est l’ Brochet qu’a repris l’ four.

Huriaux, soupçonnant un coup monté, protesta : mais le contremaître haussait les épaules, de l’air de quelqu’un qui n’y peut rien. Alors il tourna les talons, fila du côté des bureaux, demanda Jamioul.

Un tortillon le fit entrer dans une chambre mesquinement meublée d’un bureau-pupitre près de la fenêtre, d’un fauteuil de moleskine éraillée et de trois chaises de paille, avec des rayons bourrés de livres courant le long des murs. Jamioul, en train de s’habiller, descendit au bout de cinq minutes.

— Eh bien, l’ami, vous voilà sur pied ! dit-il gaiement.

Jacques, après s’être excusé, déclina le but de sa visite, au vif étonnement de l’ingénieur. Comment ! Panier se permettait de le congédier ! C’était un abus d’autorité auquel il mettrait bon ordre. Et il renvoya Huriaux en lui enjoignant de venir le prendre au bureau vers dix heures. À l’heure convenue, tous deux se rendirent au laminoir, Panier fut appelé ; mais il prétendit que Huriaux avait mal compris, qu’il l’avait seulement remis au lendemain.

— Alors, c’est entendu ; conclut l’ingénieur en s’adressant à Jacques, après avoir coupé court, d’un geste, aux explications diffuses du contremaître ; demain vous reprendrez votre four.