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il n’allait pas donner un coup d’œil aux travaux du déblaiement, activement poussés depuis que l’enquête du parquet était close, il avait terminé en quelques jours le travail d’évaluation des dégâts, des sommes à payer du chef des pensions, des mille frais qu’entraînait la catastrophe, tout une vaste comptabilité qu’il avait fallu aligner en remuant les grands livres et qui l’avait rendu maussade, nerveux, irascible, quelquefois injuste pour son personnel perpétuellement à l’écoute de ses coups de sonnette retentissant a travers le va-et-vient des couloirs, les courailleries lasses d’une bande de commis porteurs de fardes et de registres.

Quant à Marescot, après avoir dépêché hâtivement ses affaires à Paris, il était rentré chez lui, juste le temps d’embrasser les siens, et par le premier train, un matin, il était tombé à Happe-Chair, dont incontinent il avait visité l’hôpital d’abord, puis les installations saccagées. Le bonhomme eut une réelle consternation quand Jamioul, par lequel il s’était fait accompagner, lui détailla les sanglantes hécatombes de la fatale nuit.

Il se démenait, se tamponnait le front de son grand foulard rouge, finit par se piéter sur ses grosses et courtes jambes devant l’ingénieur :

— Et qu’ont donné nos amis du conseil, Sérizy, Manoy, des Tombeux, Flahaut ?

Jamioul secoua la tête :

— Rien.

Alors, très rouge, il s’emporta contre leur crasserie. Comment, leur main était demeurée fermée devant un pareil désastre ? Toute cette détresse ne leur avait même pas arraché un centime ? Eh bien, lui, Marescot, leur donnerait une leçon.

— Allez à la caisse, mon garçon : prenez-y en mon nom, en mon nom, entendez-vous, 5.000 francs sur ma part du dernier dividende que je n’ai pas encore touchée. Ah ! Sérizy n’a rien donné ! Cette vieille bête de Tombeux non plus ! Lui, un M. le comte long comme le bras et garçon, pas de famille, bon qu’à faire un peu le bien. Andouilles ! mais j’ suis là, je leur torcherai le nez.

Après cette visite qu’il prolongea pendant plus d’une heure, il