Page:Lemonnier - Félicien Rops, l’homme et l’artiste.djvu/56

Cette page a été validée par deux contributeurs.


duit un gros effet au Salon. On parlait bien encore à cette époque de Rubens et de Jordaens, mais comme d’ancêtres lointains, morts sans héritiers. L’ancienne Flandre d’art, la Flandre des ribotes et des priapées du XVIIe siècle, s’était mise au régime du vin coupé d’eau et de la tisane romantique. Au lutrin où avait retenti l’hymne païen, les castrats des chapelles sixtines n’avaient plus fait entendre qu’un mince filet de voix. Il sembla, avec ces gros morceaux d’humanité, qu’une vitre eût été, d’un coup de poing rude, brisée dans une chambre sans air. On respira une odeur de nature et qui n’avait plus rien du moisi de l’atelier. Un peintre français, ce paysan du Doubs, avait réalisé le miracle de révéler l’art belge à lui-même.

L’emprise fut vive sur une jeunesse tourmentée de l’inconnu qu’elle portait en elle-même. Courbet apparut le mâle sauvage, abreuvé du lait de nature et cornant aux horizons une clameur délivrée. On voulut voir repercer dans son large réalisme un peu du franc génie de la race. Quand on regarde les Roi boit de Jordaens, avec leurs modelés estompés et tournants, avec le sang et le lait de leurs carnations miroitées de reflets, mais nourries de dessous vigoureux, on perçoit, en effet, un air de famille dans leur commun naturisme, sans qu’on puisse nier que Couture lui-même soit bien loin.

Courbet et Couture remuèrent profondément l’école. Ch. De Groux préludait alors à son art douloureux et personnel. Joseph Stevens avait fait son Bruxelles le matin ; son frère Alfred, au sortir de l’atelier du peintre des Derniers romains, avait eu des débuts trompetés. Ceux de Louis Dubois allaient signaler le plus riche tempérament matériel, nourri de la double influence. C’est en 1857 qu’il fait, dans une manière noire et grasse, son Prêtre allant célébrer la messe et la même année, Constantin Meunier, qui a quitté la sculpture, expose une Salle Saint-Roch d’une tonalité triste où s’exprime une âme déjà recueillie et souffrante.

Il existe dans l’art des courants de sensibilité : la note pathétique de De