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Daumier dans ses manœuvres larges et nerveuses, comme fondues en des huiles.

Il faut aussi rattacher à cette période truculente et nourrie la bonne vieille coiffée du barada et marmonnant ses paternostres En attendant la confession. Sourdines d’ombre en pleine pâte, valeurs liées et pleines chromatisant le jeu des demi-tons, ricochets sur la dalle de palets de soleil entrés par quelque verrière, c’est du plus riche coloris.

Même accent plus chatoyé encore, en cette litho étoffée et faite de peau de péché, la Vieille Garde, du satin, de la moire, de la braise, un noir de catafalque par-dessus de la chair grasse d’onguents, et mieux encore, le chaudron vivant de tous les péchés capitaux. Le Rops tragique de tout à l’heure, avec son fumet vicieux et chaud, est en germe dans l’idole faisandée aux nus charbonneux, au rire à coups de dents fendant un masque pochonné d’ombre, aux matités molles du sein hors du corset, outres auxquelles s’abreuvèrent les générations. Ailleurs, encré par le bon lithographe habituel, Ph. Ham, Un monsieur et une dame conversant, forment un tableau plein, nourri, symphonisé, à base de tons moelleux et fonciers, que n’égala nul Courbet et qui est, quoique simple litho, du plus grand art de toutes les époques. Rops est bien là le roi soudain du crayon ; son dessin brusque, à reliefs et à cassures, avec des plans d’ombre et de lumière, des accents modelés sur le muscle, les os et l’action de la vie, sait, d’une touche d’estompe ou d’un tranchant de burin, caler un type, concréter un caractère, mettre au point des morceaux de synthèse humaine. C’est bien là le dessin des grands coloristes de la race et on peut dire que c’est aussi de la peinture, de la vraie, au crayon.