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éblouies des jeux du prisme. Il demeurait là des heures, jouissant des dernières sensualités de la vie, sans rien dire, comme perdu et mi-emporté dans la ronde vertigineuse des sphères. Il ne souffrait pas : il sentait simplement se désagréger son prodigue et riche organisme comme le printemps s’en va de ses fleurs jetées à poignées et l’automne de ses fruits foulés à pleines cuves.

Il connut la mort à la fois du petit faune et du patriarche dans la fête des odeurs, des clartés et des musiques de l’août mûrissant. Il eut l’air de mourir comme en songe, d’une âme d’enfant rentrée aux limbes. Un télégramme avait pu toucher Armand Rassenfosse, en voyage. Il accourut, lui retrouva une clarté dans les yeux : leurs mains ne se disjoignirent plus, tandis qu’autour, d’ardentes et douloureuses affections de femmes, d’enfants, d’amis, sanglotaient. Un coma l’ayant pris, le grand vivant entra dans le définitif sommeil.

Un petit calendrier au mur marquait la date du 23 août 1898.